Comment favoriser la coopération territoriale en faveur de la transition écologique ?

Face à l’intensification des défis écologiques, la question de la coopération territoriale dans la transition écologique demeure encore insuffisamment explorée dans les travaux institutionnels et académiques. Pourtant, si les grandes politiques nationales fixent un cap, c’est bien à l’échelle des territoires que se jouent une grande partie des transformations nécessaires. Au plus près des réalités sociales, économiques et environnementales, des réponses concrètes, adaptées et souvent audacieuses émergent.

Cette analyse est issue d’une recherche-action de neuf mois menée conjointement par Bartle et une équipe de cinq étudiants du master Governing Ecological Transitions in Cities de l’École Urbaine de Sciences Po. L’objectif était de mieux comprendre les dynamiques de coopération territoriale : leurs formes, leurs acteurs, leurs leviers de réussite et leurs limites. L’étude repose sur une revue de littérature pluridisciplinaire, 26 entretiens qualitatifs, six immersions de terrain et l’analyse comparative de dix coopérations locales sélectionnées pour leur diversité et leur ancrage territorial.

Deux régions ont particulièrement été étudiées : l’Auvergne-Rhône-Alpes, territoire dynamique et hétérogène affichant une forte ambition écologique, et les Hauts-de-France, région marquée par la post-industrialisation et engagée dans des démarches de reconversion, d’agriculture urbaine, d’énergie renouvelable citoyenne et de décarbonation industrielle.

Secteur

Etude

Auteur

Bartle

Date de publication

2 mars 2026

Temps de lecture

7 mins

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coopération territoriale

Pourquoi la coopération territoriale émerge-t-elle ?

La coopération territoriale ne naît pas d’une obligation réglementaire ni d’une logique descendante. Elle apparaît lorsque les acteurs locaux considèrent qu’un enjeu est trop complexe pour être traité par une organisation isolée. Elle s’ancre dans un besoin concret et partagé, souvent lié à un blocage local ou à une ambition commune pour le territoire.

Certaines coopérations émergent pour revaloriser une friche industrielle et en faire un lieu d’agriculture urbaine, de sensibilisation et d’insertion. D’autres répondent à l’urgence de décarboner une zone industrielle majeure en réunissant collectivités, industriels, start-up et services de l’État. Dans d’autres cas, l’objectif est de mutualiser des ressources matérielles, humaines ou foncières afin d’atteindre un résultat inaccessible individuellement, comme la récupération et la redistribution de matériaux de chantier inutilisés ou la création d’une plateforme de mobilité rurale dans des zones dépourvues de transports publics.

La coopération peut également viser à fédérer les acteurs autour d’une vision partagée du territoire. Des coopératives d’énergie renouvelable associent ainsi collectivités, citoyens et entreprises locales dans les choix d’investissement selon un modèle démocratique. D’autres projets cherchent à renforcer le pouvoir d’agir des habitants, notamment dans des quartiers populaires, en partant de leurs besoins concrets pour améliorer la mobilité ou l’accès à des services essentiels.

Comment s’organise la coopération territoriale ?

L’un des enseignements majeurs de l’étude est qu’il n’existe pas de modèle unique de coopération territoriale. Les dynamiques observées prennent des formes variées, allant de structures juridiques formalisées à des collectifs informels reposant principalement sur la confiance et la proximité.

Certaines coopérations s’appuient sur une structure partagée, telle qu’une SCIC, une SEM ou un syndicat mixte, avec une gouvernance définie et des moyens stabilisés. D’autres fonctionnent de manière plus souple, sans structure unique, avec des règles évolutives et un engagement variable des participants. Il existe également des plateformes multi-acteurs organisées autour d’un projet ou d’un service, où chaque partie prenante joue un rôle complémentaire.

Les modes de financement sont tout aussi diversifiés et combinent subventions publiques, cotisations, revenus d’activité ou mécénat. La gouvernance, quant à elle, évolue généralement en fonction de la maturité du projet, depuis la phase d’émergence jusqu’à la consolidation ou au changement d’échelle.

Au-delà des statuts juridiques et des dispositifs financiers, un élément commun traverse l’ensemble des coopérations étudiées : l’importance des relations humaines. Gouvernance horizontale, animation de terrain, échanges réguliers et souvent informels constituent le socle de ces dynamiques. Des leaders discrets, qu’ils soient élus, facilitateurs ou animateurs de réseau, jouent souvent un rôle déterminant pour impulser et maintenir la dynamique collective.

Qui sont les acteurs de la coopération territoriale ?

Les coopérations territoriales rassemblent une pluralité d’acteurs dont la diversité constitue à la fois une richesse et un défi d’articulation. On y retrouve des collectivités territoriales, des acteurs associatifs et de l’économie sociale et solidaire, des entreprises locales, des citoyens et habitants, des services déconcentrés de l’État ainsi que des acteurs de l’enseignement et de la recherche.

Ces parties prenantes peuvent intervenir à différentes étapes du projet et cumuler plusieurs rôles. Un même acteur peut être à la fois financeur, expert, opérateur et décisionnaire. La capacité à coordonner ces cultures organisationnelles variées et à construire un cadre de confiance partagé est déterminante pour la réussite de la coopération.

Les effets concrets de la coopération territoriale

Les dynamiques de coopération produisent des effets qui dépassent largement leur objectif initial. Sur le plan opérationnel, elles permettent la création de services qui n’auraient pas vu le jour autrement, qu’il s’agisse de mobilité, d’énergie ou d’alimentation. Elles favorisent une meilleure adaptation aux besoins spécifiques du territoire et permettent de mutualiser des moyens, réduisant ainsi les coûts.

Pour les habitants, ces initiatives améliorent le cadre de vie et facilitent l’accès à de nouveaux services. Pour les acteurs locaux, elles constituent un levier de montée en compétences, génèrent des effets d’entraînement et renforcent la légitimité. Pour les collectivités, elles soutiennent les politiques publiques, encouragent l’innovation et contribuent au décloisonnement entre secteurs.

À l’échelle territoriale, la coopération renforce la résilience, participe à la redynamisation de friches ou de bassins en reconversion et consolide la cohésion sociale ainsi que le sentiment d’appartenance.

Limites et défis des dynamiques coopératives

La coopération territoriale ne va toutefois pas sans contraintes. Elle exige du temps, des efforts continus et une capacité d’adaptation permanente. La réussite repose sur un engagement durable des acteurs et sur des ressources suffisantes pour financer les phases amont, l’animation et la coordination.

Par ailleurs, il demeure difficile de mesurer précisément l’impact réel de ces coopérations, en l’absence d’indicateurs généralisés et d’observatoires structurés. Le développement d’un écosystème de soutien plus organisé apparaît nécessaire pour consolider ces dynamiques.

Quels leviers pour renforcer les coopérations territoriales ?

L’étude met en évidence plusieurs leviers complémentaires pour soutenir ces dynamiques. Il s’agit d’abord de financer les temps d’émergence et de coordination, souvent invisibles mais essentiels. La stabilisation des financements, notamment par des dispositifs pluriannuels et des mécanismes de confiance, constitue un autre facteur clé.

Le développement d’une ingénierie territoriale dédiée à la facilitation, à la gestion de projets collectifs et à l’évaluation apparaît également déterminant. Enfin, la reconnaissance institutionnelle des coopérations, la création d’observatoires et la mise en réseau des territoires favorisent la capitalisation des savoirs et la diffusion des apprentissages.

Quatre convictions clés autour de la coopération territoriale

L’analyse conduite permet de formuler quatre convictions structurantes :

  • La coopération territoriale constitue une réponse cohérente à des crises systémiques imbriquant enjeux environnementaux, sociaux et économiques.

  • La manière de coopérer (gouvernance partagée, décisions horizontales, culture de la confiance) est aussi importante que l’objet même de la coopération.

  • Il n’existe pas de bonnes pratiques universelles, mais des logiques à adapter aux contextes locaux.

  • La coopération est un levier d’apprentissage collectif et de transformation sociale, capable de renforcer le pouvoir d’agir et le lien social.

Coopérer ne consiste pas seulement à faire ensemble, mais à apprendre à être ensemble.

Les coopérations territoriales étudiées

Les dix initiatives analysées illustrent la diversité des formes et des objectifs poursuivis. Elles couvrent des thématiques telles que la mobilité rurale, l’énergie renouvelable citoyenne, la décarbonation industrielle, l’agriculture urbaine, le réemploi dans le BTP ou encore l’insertion par l’activité au service du territoire. Certaines sont fortement institutionnalisées, d’autres plus informelles, mais toutes témoignent d’une volonté commune de construire collectivement des réponses locales à des enjeux complexes.

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La coopération au cœur de l’approche Bartle

Chez Bartle, nous plaçons la coopération est au cœur de notre approche. Le travail en communautés internes, l’animation de cercles d’échange et la collaboration avec un écosystème élargi traduisent une conviction forte : les transformations durables nécessitent un changement de posture. La coopération ne s’improvise pas ; elle s’apprend, se cultive et s’accompagne.

Dans un contexte où les organisations restent souvent structurées autour de logiques individuelles et concurrentielles, promouvoir la coopération constitue un levier essentiel pour bâtir des collaborations solides et durables, en particulier sur des enjeux territoriaux majeurs à forts impacts collectifs et environnementaux.

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