Le rapport Paris à 50°C : garantir un environnement urbain habitable pour les générations présentes et futures

Cuire, fuir ou agir ? Les élus de la Mission d’Information et d’Evaluation (MIE) du Conseil de Paris ont opté pour l’action. A l’heure où les vagues de chaleur s’intensifient et où le GIEC nous alerte de plus en plus sur les conséquences du réchauffement climatique, Paris doit se transformer pour faire face à des épisodes extrêmes. La Mission partage un constat alarmant et dresse 85 préconisations pour rendre Paris habitable.

Un décryptage proposé par Laura Ramalhosa et Ninon Galice.

Secteur

Ville de demain

Auteur

Laura Ramalhosa et Ninon Galice

Date de publication

18 juillet 2023

Temps de lecture

7 mins

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Paris chaleur
Sommaire de l’article

Le constat : Paris souffre déjà de la chaleur

La chaleur a un impact significatif sur trois aspects majeurs de notre société : la santé, la technique et la culture.

Sur le plan de la santé, la chaleur tue déjà. Paris est l’une des premières villes d’Europe où le risque de mourir de chaud est le plus élevé. En effet, des phénomènes d’îlots de chaleur urbain (ICU), microclimats artificiels provoqués par les activités humaines et par l’urbanisme, confèrent à Paris une capacité de rétention de la chaleur supérieure à la moyenne des autres villes du continent.

Pour une même vague de chaleur et dans un périmètre délimité, ces ICU ont pour conséquence des températures plus élevées à Paris que dans d’autres villes de banlieues parisiennes moins artificialisées, pouvant aller jusqu’à 8 à 10°C supplémentaires. Ces températures élevées ont généré une surmortalité en Île-de-France de l’ordre de +20% en 2019 et 2022.

Sur le plan technique, la chaleur a un impact significatif sur les infrastructures essentielles. Les réseaux électriques, les réseaux de transports, l’électronique/électroménager et l’informatique sont tous sujets à des contraintes liées aux températures. Chaque domaine technique fonctionne normalement dans une plage de température spécifique, au-delà de laquelle des dysfonctionnements peuvent survenir.

Par exemple, les températures élevées peuvent déformer les rails des systèmes de transport, entravant leur fonctionnement normal. De plus, les réseaux électriques souterrains de Paris sont vulnérables à l’infiltration de la chaleur, ce qui peut entraîner des problèmes de production et de transport de l’électricité. Enfin, les appareils électroniques, électroménagers et les serveurs informatiques sont sensibles à la surchauffe, pouvant entraîner des dysfonctionnements et des pannes.

Sur le plan socio-culturel, la chaleur est un facteur qui influence profondément nos modes de vie. Au-delà de l’inconfort physique, elle impacte notre alimentation, notre rapport au travail et notre vie sociale. Lors des périodes de fortes chaleurs, nos préférences alimentaires se tournent souvent vers des repas légers, des fruits et des légumes rafraîchissants, tandis que les plats chauds et lourds deviennent moins attrayants.

Les conditions de travail peuvent également être affectées, notamment pour les emplois physiques ou en extérieur, nécessitant des mesures de sécurité supplémentaires pour faire face aux risques liés à la chaleur. En outre, la socialisation nocturne gagne en importance lorsque les températures intérieures sont élevées, incitant les habitants à profiter de la fraîcheur de la nuit pour se divertir et se retrouver entre amis.

Toutefois, les immeubles d’habitation parisiens, majoritairement anciens et peu adaptés à la ventilation naturelle, nécessitent d’ouvrir les fenêtres la nuit, entraînant un paradoxe entre l’aération nécessaire et les nuisances sonores nocturnes potentielles.

Au vu des températures extrêmes enregistrées à Paris et des prévisions de renforcement de canicules dans les prochaines décennies, aussi bien en termes d’intensité que de durée, la mission souligne l’importance de comprendre que nous ne pourrons pas nous adapter à toutes les conséquences du dérèglement climatique. A ce jour, nous ne disposons pas des moyens matériels, énergétiques, carbone, techniques et économiques pour adapter entièrement la ville et son fonctionnement.

Les enjeux sont multiples : végétaliser, débitumer, adapter le travail … L’adaptation implique de repenser nos besoins et nos priorités. L’enjeu n’est plus d’avoir un Paris confortable mais tout simplement un Paris habitable.

Faire de Paris une ville oasis

Paris doit se rénover et passer en 2 décennies d’une ville radiateur à une ville oasis. Le rapport met en avant plusieurs priorités, dont la protection des enfants, qui est établie comme la priorité majeure. Des initiatives telles que la création d’écoles oasis, offrant un environnement sûr et protecteur, sont mentionnées comme des exemples concrets. Aussi, le rapport dresse une liste de préconisations en fonction de différents enjeux :

  • Végétaliser & débitumer. La végétalisation de pleine terre et la débitumisation sont essentiels pour créer des îlots de fraîcheur en ville. Il est nécessaire de privilégier les espaces verts et de débitumer les rues dès que cela est possible pour atténuer les effets de la chaleur urbaine et favoriser un environnement plus frais et plus soutenable. Par exemple, un seul arbre peut abaisser la température de 10 degrés au niveau des feuilles et de 2 à 4 degrés dans l’air ambiant. Plusieurs arbres permettent eux, de créer des zones d’ombres naturelles rafraîchissant considérablement un lieu. Enfin, débitumer permet d’atténuer l’effet radiateur de la ville de Paris.
  • Rénover et adapter le bâti. Selon la mission, il faudrait mener un plan de rénovation d’envergure d’au moins 40 000 logements privés par an, sans compter le parc social. La rénovation thermique des bâtiments est essentielle pour optimiser les performances énergétiques, en utilisant des matériaux biosourcés et en privilégiant l’isolation par l’extérieur. La mission préconise de végétaliser les façades des bâtiments afin de diminuer jusqu’à 70% les émissions de chaleur rejetées par les bâtiments en soirée. Cette solution permettrait d’isoler aussi bien contre le chaud que le froid. Autre exemple, peindre les toits en blanc permettrait de réfléchir les rayons du soleil et donc de réduire la chaleur à l’intérieur des bâtiments jusqu’à 5 à 10 degrés.
  • Repenser l’urbanisme et multiplier les points d’eau. La mission préconise de s’inspirer de ce qui est fait dans d’autres villes du sud où les températures sont déjà élevées. Installer des ombrières végétalisées ou des toiles tendues au-dessus des rues passantes peuvent-être des solutions étudiées. La création de placettes oasis dans chaque quartier de la capitale est également avancée comme un élément de solution. Enfin, la multiplication des points d’eau (fontaines…) et des lieux de baignades est essentielle pour permettre aux habitants de se rafraîchir.
  • Adapter le travail. Il ne s’agit pas seulement d’adapter les horaires de travail mais véritablement de repenser notre rapport au travail en proposant des rythmes différents pour les salariés exposés à la chaleur. Sur ce point crucial, l’adaptation des horaires semble insuffisant : il est nécessaire d’assurer aux salariés la possibilité d’avoir des plages de repos à des moments où les températures sont les plus basses (souvent la nuit entre minuit et six heures du matin). Une des solutions avancées est la réduction du nombre de chantiers dans le secteur de la construction.
  • Créer des lieux de refuge. L’importance de la création de lieux de refuge en cas de méga canicule est également soulignée. Le rapport préconise notamment de convertir les écoles en refuges durant les périodes de canicules ou bien d’étendre les horaires d’ouverture des parcs et jardins publics. L’objectif est d’avoir pour chaque habitant la possibilité de trouver des lieux de fraîcheur à proximité de son domicile (via une application cartographiant les lieux rafraîchis). La culture joue ici un rôle important car il est nécessaire que ces lieux soient attractifs en proposant des programmations culturelles ou des animations.

Les solutions proposées par la MIE pour rendre Paris habitable dans les années à venir sont à la fois simples et déjà existantes. Cependant, leur mise en œuvre nécessite un financement adéquat et une convergence d’actions entre le secteur public et privé. Il est crucial de chiffrer le coût de ces propositions et de réorienter les investissements actuels vers la rénovation du bâti et la construction de projets durables adaptés aux futures vagues de chaleur.

Chaque acteur a un rôle à jouer : l’État a un rôle essentiel de réglementation et de mobilisation des acteurs, les mairies doivent fournir un cadre favorable et soutenir les initiatives, les entreprises privées investir dans des projets durables, les citoyens s’engager activement, les consommateurs faire des choix responsables. En faisant coopérer tous les acteurs, nous pouvons créer un environnement urbain habitable, résilient et durable pour les générations actuelles et futures.


Un décryptage proposé par :
Laura Ramalhosa – Consultante chez Bartle
Ninon Galice – Manager chez Bartle

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