SREP 2025 et priorités prudentielles 2026-2028 : des fondamentaux solides, une résilience à consolider
Le 18 novembre 2025, la BCE a publié les résultats agrégés du cycle SREP (Supervisory Review and Evaluation Process, SREP) 2025, suivis de la mise à jour des priorités prudentielles du MSU (Mécanisme de Supervision Unique, MSU) pour la période 2026-2028. Ces deux publications reflètent la stratégie à moyen terme de la supervision bancaire : le SREP dresse l’état des lieux prudentiel du secteur bancaire européen, tandis que les priorités prudentielles définissent les axes de renforcement attendus dans les prochaines années. Au-delà des constats conjoncturels, l’ensemble marque une inflexion nette de la supervision européenne, qui privilégie désormais une approche structurelle, prospective et qualitative de la résilience bancaire.
L'observatoire réglementaire
Jules Barrientos
9 janvier 2026
5 mins
SREP 2025 : photographie prudentielle et points de tension du secteur bancaire européen
Le SREP 2025, conduit par la BCE sur 105 établissements bancaires significatifs, analyse leurs fonds propres, leur liquidité, leur rentabilité, leur gouvernance et leur gestion des risques. L’exercice confirme la robustesse globale du secteur bancaire européen, tout en mettant en évidence des fragilités structurelles persistantes et mettant l’accent sur les limites du modèle actuel face à des risques de plus en plus complexes.
Sur le plan quantitatif, les indicateurs prudentiels demeurent solides. Le ratio CET1 moyen s’établit à 16,1 %, le ratio de fonds propres totaux à 20,2 %, et le ratio de levier à 5,9 %, traduisant une capacité d’absorption confortable. La liquidité reste largement excédentaire, avec un LCR (Liquidity Coverage Ratio, LCR) moyen de 158 % et un NSFR (Net Stable Funding Ratio, NSFR) stable. La rentabilité est soutenue par l’environnement de taux, avec un ROE proche de 10 %, tandis que la qualité des actifs demeure globalement maîtrisée, le ratio de NPL (Non Performing Loans, NPL) atteignant 1,9 %.
Cette solidité agrégée masque toutefois une dispersion croissante des profils de risque. Le SREP met en évidence des tensions accrues sur certains portefeuilles, en particulier l’immobilier commercial, les PME les plus exposées au resserrement des conditions financières et certaines expositions corporate cycliques. Les dispositifs de stress tests internes et d’ICAAP restent jugés insuffisamment sévères, trop peu dynamiques et parfois en décalage des choix stratégiques des établissements.
Au-delà des risques financiers traditionnels, le SREP 2025 souligne des déficits récurrents de gouvernance et de maîtrise opérationnelle. Les faiblesses en matière de qualité des données, d’agrégation des risques, de gouvernance IT, de cybersécurité et de continuité d’activité demeurent fréquentes, malgré des plans de remédiation engagés depuis plusieurs années. La dépendance à des prestataires critiques, notamment technologiques, reste insuffisamment encadrée et constitue un facteur de vulnérabilité croissant.
Les risques climatiques et environnementaux font également l’objet d’une attention renforcée. Si des progrès sont constatés dans l’identification des expositions et la structuration de la gouvernance, leur intégration effective dans les politiques de crédit, les cadres d’appétit au risque et les scénarios de stress demeure incomplète. Les données restent hétérogènes, les analyses de transition souvent partielles, et la prise en compte des risques physiques encore limitée.
En pratique, le SREP 2025 se caractérise par un recours accru à des mesures qualitatives, traduisant une inflexion claire de la supervision. La BCE privilégie désormais la correction des faiblesses structurelles à la seule optimisation des ratios prudentiels. La solidité actuelle du secteur ne suffisant plus à elle seule à répondre aux attentes du superviseur.
Priorités prudentielles SSM 2026-2028 : structuration de la réponse supervisée
Les priorités prudentielles 2026-2028 concrétisent les constats du SREP 2025 et traduisent une montée en exigences assumée de la supervision européenne. Elles visent à renforcer la capacité des banques à faire face à un environnement marqué par des risques systémiques et par une évolution de la concurrence caractérisée par la présence d’acteurs non-banques sur le marché.
La première priorité porte sur le renforcement de la résilience face aux risques macro-financiers, géopolitiques et climatiques. La BCE attend des établissements qu’ils rehaussent la qualité de leurs analyses prospectives, notamment via des stress tests internes plus sévères, intégrant des scénarios combinés de ralentissement économique, de tensions géopolitiques, de volatilité de marché et d’impacts climatiques.
Les portefeuilles déjà identifiés comme sensibles dans le SREP, en particulier l’immobilier commercial et les expositions fortement carbonées, feront l’objet d’un suivi renforcé. L’intégration des risques climatiques et liés à la nature devient une exigence transversale, dans un contexte de mise en œuvre de CRR3 / Bâle III final, avec une attention accrue portée à la crédibilité des calculs de RWA et du capital planning.
La seconde priorité vise la résilience opérationnelle, technologique et cyber, désormais considérée comme un pilier prudentiel à part entière. Dans le prolongement de l’entrée en application du règlement DORA, les banques devront démontrer leur capacité à prévenir, absorber et contenir des incidents IT majeurs, à tester de manière crédible leurs dispositifs de continuité d’activité et à maîtriser leurs dépendances vis-à-vis de prestataires critiques. La qualité des données, identifiée comme un point de fragilité transverse dans le SREP, devient un prérequis indispensable à la crédibilité de l’ensemble des dispositifs prudentiels.
La réalisation de ces deux priorités repose également sur un engagement quant aux exigences en matière de gouvernance et de gestion des risques. Le superviseur attend un renforcement effectif du rôle des organes de direction dans le pilotage des risques, une montée en puissance tangible des fonctions risques et conformité, ainsi qu’une utilisation plus stratégique des dispositifs ICAAP et ILAAP. Les plans de remédiation devront être crédibles, séquencés et mesurables, avec une attention particulière portée à leur mise en œuvre effective et à leurs résultats concrets.
Conclusion : vers une supervision plus qualitative et structurelle
Le cycle SREP 2025 et les priorités prudentielles 2026-2028 traduisent une évolution nette de la supervision bancaire européenne. Si les indicateurs financiers témoignent d’une solidité du secteur, la BCE considère désormais que la stabilité ne peut plus être évaluée à l’aune des seuls ratios. La capacité des banques à anticiper, absorber et piloter des chocs complexes (financiers, climatiques, technologiques ou géopolitiques) devient le véritable critère de robustesse prudentielle.
La supervision s’oriente ainsi vers un durcissement sur l’aspect qualitatif, où la gouvernance, la résilience opérationnelle, la qualité des données et la crédibilité des dispositifs internes constituent des déterminants centraux des attentes du Pilier 2.
Pour les établissements bancaires, l’enjeu est clair : transformer la solidité acquise en un avantage structurel durable. À défaut, l’intensité du dialogue prudentiel, la pression sur les dispositifs internes et le niveau d’exigence du superviseur sont appelés à s’accroître de manière progressive mais continue.
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