La mobilité durable et inclusive, bientôt incontournable ?

Deinze, située dans la province de Flandre-Orientale, se trouve au bord de la Lys et compte environ 43 500 habitants. La bourgade accueillait jeudi 21 novembre les « journées d’inspiration pour une mobilité durable ». L’évènement a rassemblé une centaine de participants de tous horizons : élus, entrepreneurs, socio-entrepreneurs, opérateurs de transports, universitaires… Premier fait notoire ; une part importante des participants ont laissé leur voiture au garage et se sont rendus à l’évènement en transports en commun, preuve d’un engagement personnel certain. Le sujet concerne en effet chacun, et la plénière d’ouverture donne le ton : les trois participantes sont sommées de présenter leur « mobiscore », une note allant de 0 à 10 qui évalue l’intégration de leur lieu d’habitation dans le milieu urbain. Ainsi, une résidence « durablement » située qui ne nécessitera pas ou peu l’utilisation de la voiture recevra une note de 10/10. Les trois personnes composant le panel habitent les régions de Louvain, Gand et Bruxelles.

 

Elles font à pied une majorité de leurs déplacements, utilisant le célèbre et efficace WaaS (Walk as a Service) ou le vélo pour se rentre au travail, déposer les enfants à l’école et faire des courses. C’était d’ailleurs un critère pour choisir son appartement, reconnaît Marleen van der Velden. Ce concept de mobilité durable a un impact sur l’économie locale ; les modèles des grands hypermarchés en zones périphériques tendent à être concurrencés par le e-commerce. La mobilité durable encourage à faire ses courses importantes depuis chez soi, derrière une tablette. Les courses d’appoint se font à vélo ou à pied pour une courte distance, faisant renaître les commerces de proximité.

 

 

 

 

Peu cohérent de faire son plein de courses depuis son canapé, peut-on objecter ? C’est sans compter sur la coopérative Urbike, qui assure la livraison du dernier kilomètre… à vélo ! Chaque cycle peut transporter deux mètres cubes de marchandises pour 180kg, soit la majorité des biens livrés en centre-ville. Assez pour remplacer les semi-remorques ou camions de livraisons et continuer à alimenter une zone urbaine fermée aux voitures. Delhaize et Bpost l’ont testé, le modèle semble faire son bonhomme de chemin.

Le score le plus élevé était détenu par Julie Mabilde, également nominée pour être personnalité MaaS de l’année 2019. La responsable de la plateforme de partenariats « Labo Ruimte » souligne l’importance du rôle de colonne vertébrale de transports publics de qualité dans la mobilité durable et inclusive. Les critères de maillage, confort, fréquence et accessibilité des moyens de transports proposés sont déterminants pour faire face à la voiture individuelle et développer de nouveaux territoires.

 

La thématique des villes intelligentes était également abordée lors de mini-sessions. La voiture y figure comme un enjeu majeur. Utilisée 50 minutes en 24 heures et générant 925 000 heures de files en 2018, le véhicule individuel coûte cher. À son propriétaire comme à la collectivité. Certains, tels que le représentant de Autodelen.net, parlent de non-sens. Pas moins de cinq entreprises d’autopartages se sont présentées durant l’après-midi, c’est la partie immergée de l’iceberg. Le car sharing est en effet considéré comme une tendance de fonds, et ce par les constructeurs eux-mêmes qui ont leur propre marque comme Daimler avec DriveNow. L’expérience des utilisateurs de voitures en ville est profondément dégradée par les files et les politiques de déplacements, reconnaît Christian Lambert, Managing Director de DriveNow Belgium. Posséder sa propre voiture en milieu urbain relève encore de l’indispensable pour beaucoup. Il est tout à fait imaginable d’avoir un système Cambio ou Getaround étendu : toute voiture garée serait utilisable, assurant aux plus frileux un véhicule disponible à tout moment.

 

Jan Vermeulen, Bourgmestre de Deinze, assure que 3% des voitures suffiraient à répondre à la demande. Une généralisation des pratiques d’autopartage qui concernerait l’ensemble des véhicules implique des changements urbains, immobiliers, industriels et culturels considérables. La mise en place d’un tel système réconcilierait pouvoirs publics et automobilistes ; diminuant les files et faisant du véhicule une source de revenus. Certaines barrières restent à lever telle que la conception d’un parcours client simple et sans couture, déjà existant dans le secteur de la distribution et du retail . Ainsi, l’économie de partage mènerait-t-elle vers la sobriété heureuse ?

 

 

 

 

Louis-Antoine Calvy, consultant chez Bartle

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